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Consacrer
un ouvrage à la nécessaire protection
de la biodiversité par les agriculteurs signifie-t-il
que leurs pratiques représentent actuellement
un danger pour la faune et la flore ?
On ne peut pas dire de façon catégorique
que lagriculture soit toujours un danger pour
la faune et la flore. Dans certains contextes, certaines
pratiques ont effectivement un impact négatif
sur la biodiversité, mais la gestion agricole
permet aussi de maintenir la qualité écologique
de certains espaces ouverts menacés par la
déprise et la banalisation du milieu. Dans
les espaces agricoles, qui représentent près
de 60 % du territoire français, lintensification
locale de nombreuses pratiques a conduit à
un appauvrissement de la diversité biologique.
Après la seconde guerre mondiale, les agriculteurs
ont dû produire en quantité pour nourrir
la population puis pour faire de la France lune
des premières puissances exportatrices agricoles
mondiales. Ladaptation des agriculteurs et de
leurs organisations au progrès technique fut
rapide et remarquable, donnant à lagriculture
française une technicité souvent enviée.
Cependant, les orientations prises ont eu des retombées
négatives, notamment sur lenvironnement
: spécialisation des systèmes dexploitation
et uniformisation régionale des types de production
provoquant une banalisation des paysages, primes élevées
à certaines cultures annuelles entraînant
un retournement important des prairies dans des zones
sensibles, arasement des haies et autres éléments
naturels lié à une mécanisation
généralisée, emploi massif dengrais
et de pesticides réduisant la diversité
de la flore et de la faune.
Cet ouvrage vise à aider les agriculteurs,
les conseillers, les formateurs à répondre
à un nouveau défi : prendre en compte
la biodiversité en agriculture pour une multifonctionnalité
des territoires agricoles. Cet ouvrage a pour ambition
daccompagner cette mutation, parce que bien
souvent, une agriculture orientée vers le développement
durable représente , plus que toute autre activité,
le moyen de gestion le plus adapté pour préserver
la richesse écologique de nos espaces et offre
une réponse à lattente aujourdhui
plus diversifiée de la société.
Votre ouvrage
propose aux agriculteurs des mesures très simples
en faveur de la biodiversité. Espérez-vous
être entendue ?
Au delà des freins sociologiques, économiques,
culturels que peut représenter la prise en
compte de la biodiversité en agriculture, lun
des principaux handicaps est le manque doutils
pédagogiques et techniques disponibles sur
le sujet.
Plus quune sensibilisation, cet ouvrage vise
à faire comprendre les enjeux, à justifier
et à montrer les actions possibles. Nous abordons
la biodiversité comme un facteur à intégrer
dans le système de production, pouvant aider
au fonctionnement agronomique même de lexploitation
et être valorisé dans un projet agricole
global.
Ladoption de la dernière loi dorientation
agricole, reconnaissant à lagriculture
différents rôles et notamment celui de
protection et de gestion des ressources naturelles
et des paysages, a fait émerger de nombreuses
questions : pourquoi et de quelle façon gérer
des haies ? Quel lien entre la rotation des cultures
et la biodiversité ? Mes pratiques ont-elles
un impact positif ou négatif sur la faune et
la flore ? Comment puis-je agir sur mon exploitation
de façon concrète ?
Louvrage ne prétend pas répondre
à toutes ces questions, mais se veut être
un appui à tous ceux qui sinterrogent.
La compréhension des enjeux et des mécanismes
a déjà permis de réaliser des
avancées et des actions concrètes innovantes.
Nous souhaitons que cette publication contribue à
faire émerger des projets collectifs plus ambitieux.
Lémergence de tels projets ne pourra
prendre que plus dimportance si elle est accompagnée
par une évolution des politiques agricoles
dans leur ensemble.3 - Votre ouvrage a bénéficié
de l'expérience en ce domaine de l'Office national
de la chasse et de la faune sauvage et de celle de
la Bergerie nationale, en particulier du Départementment
agriculture durable.
Comment avez-vous articulé ces expériences
?
Lune des principales activités de lOffice
national de la chasse et de la faune sauvage concerne
la gestion des populations animales. Les études
réalisées sur les causes du déclin
du petit gibier de plaine lont très tôt
amené à travailler sur les espaces agricoles.
Ces travaux sont valorisés dans le cadre dactivités
de développement avec des groupes dagriculteurs.
Ainsi lONCFS travaille aux côtés
dagriculteurs dans des projets territoriaux
et pour lexistence dune agriculture multifonctionnelle.
Dautre part, la Bergerie nationale représente
un appui pour lenseignement agricole, pour une
orientation de lagriculture vers le développement
durable. Cet établissement accompagne les équipes
pédagogiques et fournit parallèlement
et conjointement une aide technique pour lévolution
des exploitations des lycées agricoles. Le
programme « Démonstration à lagriculture
durable », démarré il y a 5 ans,
souffrait dun déficit de prise en compte
de la biodiversité, les préoccupations
environnementales étant surtout axées
sur la prévention des pollutions. Pour pallier
à cela, un partenariat entre la Bergerie nationale
et lONCFS fut ainsi créé en 1999.
Cette collaboration est un exemple de la richesse
que peut représenter un partenariat entre lenseignement
et une structure de recherche-développement.
Lenseignement nen est que plus innovant
et lié aux réalités professionnelles.
Le développement y gagne en sensibilisation
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